Réuni ce jeudi 25 juin sous la présidence de la Première Vice-Présidente du Sénat, Naomie Mikel Bégala épouse Akono, le Sénat a tenu une séance plénière consacrée aux questions orales au Gouvernement. Les échanges ont porté sur les défis liés aux infrastructures routières et sur la situation du MATGENIE.

Interpellé par le sénateur Mama Jean-Marie au sujet des difficultés sociales du Parc National de Matériel de Génie Civil (MATGENIE) et de l’état du réseau routier national, le ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Ndjoumessi a dressé un bilan nuancé. Il a mis en avant les progrès réalisés dans certains projets, tout en reconnaissant les obstacles structurels qui continuent de freiner le développement du secteur.

Selon le responsable ministériel, le réseau routier national totalise 121 873 kilomètres, dont 10 939,92 kilomètres de routes bitumées au 31 décembre 2025, soit une progression appréciable comparée aux 8 500 kilomètres enregistrés en 2020. Cette amélioration représente un gain de 66 871 kilomètres en valeur absolue et 121 % en valeur relative, fruit de la volonté politique du Président de la République en matière de connectivité territoriale. Néanmoins, la majorité des routes nationales, régionales et communales demeurent largement dégradées, particulièrement en terre, subissant les ravages des intempéries et du revêtement insuffisant.

Soulignant les contraintes budgétaires, le ministre a relevé que les allocations du Fonds Routier soit 47 milliards 784 millions de francs CFA couvrent à peine 31,7 % des besoins en interventions. Pour 2026, le Programme d’Entretien Routier compte 263 projets portant sur 5 215,41 kilomètres de routes et 2 620,89 mètres linéaires d’ouvrages d’art. Parallèlement, 488 contrats en cours d’exécution, couvrant 13 445,11 kilomètres, demeurent d’efficacité limitée, tandis que l’objectif de structuration du réseau, 18 150,91 kilomètres reste un enjeu incontournable.

Le MATGENIE au cœur des turbulences

La transformation du MATGENIE en entreprise publique, actée par décret présidentiel en avril 2019, devait favoriser son autonomie de gestion. Or, rapporte le ministre, cette mutation a entraîné des perturbations sociales et financières significatives. Le parc, autrefois composé de 258 postes, a été réduit à 116, soit une contraction d’environ 25 % de la masse salariale mensuelle accompagnée de la suppression de 360 primes d’emploi. Vingt-neuf contrats d’employés en situation irrégulière ont été rompus, tandis que treize agents publics conservent une présence contestée au sein de l’entreprise, générant des charges financières substantielles.

Les dettes envers la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale s’élèvent à 3,7 milliards de francs CFA remontant à 2002, complétées de dettes fiscales globales de 5,7 milliards de francs CFA. Une subvention d’équilibre de 800 millions a été octroyée, dont 659 millions versés, tandis qu’un solde de 411 millions attend encore son versement. Le ministre a également signalé un arriéré de salaires évalué à 416 337 495 FCFA et des indemnités de décès estimées à 121 323 143 FCFA, portant le stock d’indemnités de fin de carrière à 864 891 251 FCFA.

Un redressement engagé sous l’accompagnement de l’Etat

Le ministre a assuré que le Gouvernement poursuit les mesures de redressement du MATGENIE. Des procédures judiciaires sont engagées afin de recouvrer près de 1,3 milliard de FCFA de créances. Deux ingénieurs expérimentés ont été affectés au renforcement des capacités techniques de l’entreprise, même si le recrutement d’un Directeur des Affaires financières n’a, à ce jour, pas abouti.

Il a souligné que la recapitalisation et la remise à niveau du MATGENIE constituent des conditions essentielles pour permettre à l’entreprise de jouer pleinement son rôle dans l’entretien du réseau routier et l’accompagnement des collectivités territoriales décentralisées. Toutefois, la Stratégie d’accompagnement des communes, mise en œuvre depuis 2017, demeure fragilisée par le non-paiement de plusieurs prestations réalisées au profit de certaines collectivités.

En conclusion, le ministre a rappelé que l’état du réseau routier est par nature évolutif et que les défis portent désormais autant sur l’extension du réseau bitumé que sur la mise en place d’un système d’entretien durable, notamment pour les routes en terre. Il a enfin réaffirmé la volonté du Gouvernement de renforcer les mécanismes de financement de l’entretien routier et de faire du MATGENIE une entreprise publique performante, capable de contribuer efficacement à la modernisation des infrastructures routières du Cameroun.

DIVCOM-RP/SENAT

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